La Préhistoire

Entre 2016 et 2018, Charles Fréger a photographié ce qu’il aurait pu nommer, en référence à l’une des nombreuses sources iconographiques consultées pour le projet, « D’audacieuses reconstitutions d’hommes fossiles ». La série s’intitulera simplement La préhistoire, comme pour acter d’un même élan la vastitude du territoire embrassé et l’impossibilité, pour l’auteur, de le couvrir autrement que par l’indice. L’image ainsi ne se livrera que dans une demi-ombre, le photographe poursuivant là le travail de silhouettes, entamé quelques années plus tôt avec d’autres sujets historiques vecteurs d’imaginaires et porteurs d’une longue tradition iconographique.

La photographie-silhouette apparaît ici telle la sédimentation d’une image mentale, trace résiduelle composée des restes fragmentaires d’une iconographie composite, un corps aux membres épars dans votre mémoire, ici la gravure au-dessus du tableau noir dans la classe de votre enfance, là celle d’un bronze du XIXe siècle du musée des Beaux-Arts, et au milieu, non moins précise à l’esprit, celle d’une bande-dessinée bon marché.

Les reconstitutions opérées par le photographe ne clament rien, ni vertu scientifique, ni romantisme, ni héroïsme. Ces discours, dont les représentations sont souvent porteuses, qu’elles les incarnent de plein gré ou à leur corps défendant, ne font pas chemin ici jusqu’à l’objet photographié. Maintenu dans une pénombre qui succéderait ou précéderait la clarté de l’image-message, le voici rendu à sa plastique, son état de présence, pour ce qu’il est : un homme, une femme, et peut-être leurs gestes respectifs, il y a très, très longtemps.