Fantasias

2008

Brésil, 2008

Poços de Caldas, région du Minas Gerais, Charles Fréger photographie les fantasias
confectionnées par une école de samba locale. Les fantasias, ce sont ces costumes réalisés
pour s’intégrer visuellement aux « allegorias », les chars, le tout répondant à un « enredo »,
un thème, soit une cohérence visuelle et narrative. Le photographe cherchait là le vêtement
au paroxysme de son ampleur, il rencontrera l’exubérance des dimensions, des couleurs,
des détails. En réponse au ramage foisonnant de ces oiseaux de paradis, il décide de les
sortir de leur cadre de confection, cette cage invariablement urbaine dans laquelle ils
naissent, défilent et meurent et les transplante dans un environnement que ces costumes
ne côtoient jamais : une nature puissante alternant forêt luxuriante et paysage de roches
volcaniques.
L’exubérance du sujet est ici telle qu’il sera contraint pour la première fois d’abandonner le
cadrage vertical, insuffisant pour embrasser la fantasia dans toute sa spatialité. La prise de
distance, que la saisie de ce volume induit, entraîne sa photographie vers le portrait d’une
silhouette, d’un personnage, d’une figure allégorique. Le visage, le corps deviennent
lointain, à demi perceptibles. Cette série s’inscrit dans la lignée de précédents travaux où
déjà se manifestait l’intérêt du photographe pour le travestissement ou la parade, des
majorettes – en regard désormais bien minimales – jusqu’aux personnages de l’opéra
chinois.
Dans Fantasias, l’individu n’est pas transformé ni dissimulé derrière le masque d’un
maquillage savant, mais avalé tout entier par la démesure de ses atours. Il a quitté sa peau
d’homme pour trouver celle de l’animal. Quelques trente fantasias s’exhibent dans cette
série, toutes fières de l’histoire et du nom qu’elles portent. Tout comme Charles Fréger avait
conçu son costume de garde à la suite d’Empire, et comme il est alors en train de réaliser
son personnage d’opéra chinois, il présidera à la confection de sa propre fantasia. Il défilera
sur son char, vêtu de sa fantasia qui répond au blason et couleurs qu’il avait fait siens au
moment de la conception de sa garde : une tête de Méduse et pour couleurs, le jaune et le
violet.